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Eviction de Fleur Pellerin : retour sur un dossier controversé

Publié par le 16 février 2016

Certains lui avaient annoncé comme successeur Christiane Taubira, mais c’est finalement Audrey Azoulay qui prendra la suite de Fleur Pellerin au ministère de la culture, après une annonce surprise qui sonne comme un désaveu de la part du Président de la République. 5 jours après le remaniement, petit tour d’horizon de ce qui s’est dit dans la presse de ce changement inattendu et retour sur les tentatives d’explications qui lui ont été données.

Fleur Pellerin évincée du minstère de la culture - les raisons

Fleur Pellerin : un bilan mitigé

Arrivée en août 2014 à la Culture, après avoir été ministre déléguée chargée des PME, de l’Innovation et de l’Économie numérique, Fleur Pellerin succède à Aurélie Filipetti et hérite de dossiers délicats, dans un contexte de restriction budgétaire. Les Echos, dans un article intitulé « Fleur Pellerin : un bilan mitigé à la Culture » rappelle les conditions de cette arrivée rue de Valois : manifestations des intermittents du spectacle, conflits entre les producteurs et les chaînes de télévision, débat autour de l’application de la loi Hadopi. D’autres dossiers épineux suivront, comme la crise à Radio France ou la hausse de la taxe Copé, gérés avec plus ou moins de doigté.

D’autres titres choisissent d’insister sur l’impact positif de son passage au ministère. Mettant en avant ses compétences techniques et sa connaissance des enjeux économiques de la culture, La Croix souligne des réussites majeures : hausse du budget de la culture de 2,7% en 2016, et augmentation du crédit d’impôt pour le cinéma. 20minutes évoque encore son soutien à la presse en général, et à Charlie Hebdo en particulier.

Moins conciliant sur le bilan, le média en ligne Exponautes pointe du doigt une gestion marquée par « trop de promesses pour peu d’actions », et souligne que certains de ses grands projets auront bénéficié de plus d’effet d’annonce que de persévérance dans leur mise en œuvre.

Des maladresses dans la communication

Là où tous les médias semblent accorder leurs violons, c’est pour noter l’image problématique qu’a parfois renvoyé la Ministre de la Communication. Le Figaro liste les « 5 gaffes mémorables de Fleur Pellerin », dont se sont emparés avec empressement ses détracteurs. Sa bévue sur Modiano (ou tout du moins la candeur avec laquelle elle a avoué n’avoir lu aucun des titres du Prix Nobel) lui a valu l’inimitié d’une partie du monde littéraire.


Avec la visite de son bureau médiatisée par le Petit Journal sur Canal Plus, ou encore dans le documentaire d’Yves Jeuland (« Un temps de Président »), qui relaye les propos infantilisants du Président à son égard, Fleur Pellerin sera apparue aux yeux du public comme une figure peu crédible dans son rôle de locataire de la rue de Valois.

Une éviction dénoncée dans sa forme …

Qu’ils approuvent ou non cette éviction du gouvernement, nombreux sont ceux qui en ont remarqué le procédé abrupt et peu élégant. Parmi ceux-ci, Jack Lang, dans une interview donnée à France Inter,  s’exprime pour dénoncer la façon « pas très correcte » avec laquelle elle a été remerciée.

La principale intéressée n’était en effet pas au courant de son imminent départ, et ce quelques minutes encore avant l’annonce officielle ; en témoigne sa réaction face à Cyrille Eldin, interviewer du Grand Journal. On comprend donc le choc qui a pu être le sien, et sur lequel les médias n’ont pas hésité à épiloguer – non sans quelque exagération, selon les dires de Fleur Pellerin elle-même, interviewée par l’Obs.

… Mais aussi dans son fond

Si certains voient son bilan tout en blanc quand d’autres le voient noir, beaucoup s’interrogent sur les raisons véritables de son éviction en faveur de la conseillère culture de François Hollande. Interrogé sur l’Obs, une source bien introduite à l’Elysée y voit l’influence de la compagne du président, dont Audrey Azoulay est proche : « c’est une histoire de courtisans. Gayet l’avait dans le nez. Et Azoulay lui a savonné la planche. » Une version partagée par l’ancien ministre Frédéric Cuvillier, à en croire son message sur Twitter.

D’autres y voient le rejet, par une partie de la filière culturelle, d’une ministre « modernisatrice », qui s’est attachée à parler en termes économiques et algorithmiques d’un secteur plus enclin à évoquer sa singularité et sa rareté. On lui aura aussi reproché sa proximité avec les secteurs numériques, à commencer par les jeux vidéo, qui lui auront valu le surnom de « Ministre des Jeux Vidéo ». « Elle a osé sortir des canons habituels »… Mais cela ne lui aura pas valu que des louanges de la part des « défenseurs de la Culture avec un grand C », selon le délégué général du Syndicat national du Jeu Vidéo, interrogé par Le Monde.

Une remise en cause du bien-fondé du ministère de la culture ?

Au-delà du bien-fondé de ce remaniement, des observateurs de la politique dénoncent, de la part du gouvernement, la « désinvolture à l’égard d’une fonction que la République, toutes tendances confondues, fait mine de révérer mais tient, de fait, en médiocre estime, comme si elle n’était, dans le fond, qu’un élément un peu obligé du décor politique ». Jean-Jacques Aillagon, dans une tribune sur Le Point, questionne la faisabilité d’une vraie politique culturelle en France, quand le ministère a vu défiler 3 ministres sous le seul quinquennat de l’actuel président, et fait désormais figure de « Ministère des Relations Publiques culturelles ».

Au final, certains saluent une personnalité qui a suscité les antagonismes parce qu’elle a refusé les faux-semblants. Slate épingle ainsi le « bail précaire, soumis aux caprices du prince » qui est celui des locataires de la rue de Valois, sommés de faire bonne figure alors qu’ils gèrent péniblement une fonction qui se réduit comme peau de chagrin. Et de conclure, dans un élan lyrique, que sous ces tristes hospices, Fleur Pellerin a sans doute été « la meilleure des ministres de la Culture ».

Fleur Pellerin Ministre de la culture et de la communication

Crédits photos : Philippe Lopez / Olivier Dion / Bruno Charoy

Camille Alcover

A propos de Camille Alcover

Comment concilier exigence artistique et envie de rendre l'art accessible ? Amatrice d'art, c'est surtout avec ses yeux de spécialiste de la stratégie, du marketing et des marques que Camille promène son regard impertinent sur le monde de la Culture, pour trouver des solutions à ces questions très actuelles. camille@cultureveille.fr

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