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L’artiste n’est pas un travailleur social ! – Débat Maison Pro à Avignon

Publié par le 10 juillet 2017

Du 10 au 14 juillet, en partenariat avec l’ADAMI et la SACEM, Cultureveille est à Avignon pour suivre les débats de la Maison Professionnelle du Spectacle Vivant et vous propose tous les jours le live-tweet des débats organisés par La Scène, leur compte-rendu et des interviews en vidéo.

La Culture peut-elle servir de liant social ? Son rôle est-il de favoriser le vivre-ensemble, comme les politiques lui en intiment l’ordre régulièrement ou bien doit-elle se poser en agent subversif ? La table-ronde « La place de la culture dans le contrat social » de la Maison Professionnelle du Spectacle Vivant réunissait ce 10 juillet 2017 à Avignon 4 professionnels autour de ces questions.

débat maison professionnelle du spectacle vivant au festival d'avignon

Comme le rappelait Christian Ruby, philosophe, en préambule des débats, la question de la place de la culture dans le contrat social renvoie au siècle des Lumières. Les penseurs de l’époque opposent les gens cultivés aux sauvages. C’est alors le rôle de la civilisation que d’aller porter la parole de la culture auprès des populations moins éclairées. Cette vision impérialiste perdure aujourd’hui. Face à la montée de l’incivisme et la perte des valeurs, n’est-ce pas le rôle des démocraties que de faire rayonner la culture ? Au sein même de ces démocraties, ce serait donc à l’Etat que de s’emparer de cette responsabilité, et de faire de la Culture une « thérapie de l’unité perdue ».

Marie-José Malis, directrice du Théâtre de la Commune (le Centre Dramatique National d’Aubervilliers), a une lecture plus humaniste de la question. La Culture est un outil de construction d’une société plus juste et plus harmonieuse. Au coeur même d’un projet culturel ou artistique se trouve une volonté de transformer le monde. La Culture n’est alors pas une arme de défense ou de promotion d’un ordre social établi, mais une invitation à repenser le contrat social. Il ne s’agit pas tant d’un projet d’unité ou d’unicité que d’un travail d’acceptation d’un ordre différent. « Nous devons travailler à aider les gens à aimer dans le monde des choses qui leur font peur et qui leur coûte, comme se déposséder, changer son rapport au pouvoir ou à l’accumulation » affirme-t-elle.

Au-delà du rôle de l’Etat, c’est le rôle des territoires qu’on interroge alors. Car ce changement dans le rapport au monde et à l’autre s’effectue au niveau de l’individu lui-même. C’est ce qu’affirme Corinne Poulain, directrice des affaires culturelles de Rennes et Rennes Métropole, pour qui c’est la question du lien social qui l’emporte sur celle du contrat social. « Quand l’Etat se mêle de lien social il y a une dimension absurde. Le lien social ce sont les individus qui le bâtissent. » Certes les projets portés par le Ministère de la Culture posent des principes pleins de sens, mais ils échouent à transformer cette intention en actions concrètes sur le terrain. C’est à l’échelle de la ville, voire du quartier, que se jouent les dynamiques culturelles.

Corinne Poulain, directrice des affaires culturelles de Rennes et Rennes Métropole
Corinne Poulain, directrice des affaires culturelles de Rennes et Rennes Métropole

Pourtant, au niveau local, il est parfois difficile pour les responsables culturels de mener leur action, tant le dialogue entre le politique et l’artiste est délicat. Il faut constamment, comme l’affirme Corinne Poulain, œuvrer à « faire en sorte que l’élu ne se sente pas fragilisé par la force du discours politique d’un artiste ». D’autant que, selon Marie-José Malis, il existe un « mythe de l’artiste fédérateur, qui déplace les foules et remplit les salles« . Ce mythe nourrit une demande irréaliste de la part des politiques : celle d’une culture majoritaire et intégrative… Bien loin de la vision plus personnelle de la culture telle que définie par les Droits Culturels.

Mais le contrat social est-il encore d’actualité, et la culture est-elle encore investie en France d’un quelconque rôle ? C’est la question provocatrice que pose Olivier Neveux, professeur à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon. « Avec des personnalités politiques comme Emmanuel Macron, c’est le primat de l’individuel sur le collectif« . En parallèle, « il y a une insignifiance des questions culturelles dans les discours et programmes politiques ». Et pourtant, malgré ce qu’il appelle un « troublant désengagement de l’Etat », « il y a une demande extrêmement forte de la politique vers les artistes. On demande aux artistes de servir à quelque chose, de résorber la fracture sociale… » Est-bien là leur rôle ? Pour Olivier Neveux, la réponse est claire. C’est à lui que reviendra donc le (bon) mot de la fin : « l’artiste n’est pas un travailleur social !« 

Camille Alcover

A propos de Camille Alcover

Comment concilier exigence artistique et envie de rendre l’art accessible ? Amatrice d’art, c’est surtout avec ses yeux de spécialiste de la stratégie, du marketing et des marques que Camille promène son regard impertinent sur le monde de la Culture, pour trouver des solutions à ces questions très actuelles. camille@cultureveille.fr

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