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Cinétourisme : les territoires misent sur le cinéma

Publié par le 24 janvier 2018

Ah, la Nouvelle-Zélande, ses moutons, ses montagnes, ses lieux de tournage du Seigneur des Anneaux… Cette bande de terre au large de l’Australie a vu sa fréquentation touristique bondir de 40% après le tournage de la trilogie inspirée des oeuvres de J.R.R. Tolkien. La destination est  loin d’être la seule à bénéficier de l’aubaine que représentent les tournages de films et séries en termes de visibilité. Le « cinétourisme » ne cesse de se développer, au point que le Centre National du Cinéma (CNC) et Film France (agence assurant la promotion des tournages en France) viennent d’annoncer la création d’un observatoire dédié au sujet, lors d’une conférence « Tournage et Tourisme : de nouvelles opportunités pour les territoires » à la Villette ce 23 janvier 2017.

Lieu du tournage du Seigneur des Anneaux - Nouvelle Zélande
Lieux du tournage du Seigneur des Anneaux en Nouvelle Zélande

Succès touristique éphémère pour sites de tournage spectaculaires ?

Dans la liste des lieux de tournages qui se sont mués en destination touristique, on retrouve bien entendu un certain nombre de blockbusters aux décors à couper le souffle. Aux côtés du Seigneur des Anneaux, figure par exemple la paradisiaque plage de Maya Bay, lieu de tournage de La Plage avec Leonardo di Caprio. Ou encore Wallace Monument, en Ecosse, qui a accueilli le tournage de Braveaheart (et a vu son taux de fréquentation augmenter d’un joli 300% en un an). Into the Wild, Hunger Games ou Harry Potter ont également influencé les décisions de visite des touristes… La liste est longue. Dans certains cas, la ferveur des visiteurs a fait de ces sites de tournage de véritables lieux de pélerinage.

Le lieu de tournage de Downtown Abbey au château de Highclere en Angleterre
Le Château de Highclere en Angleterre a accueilli le tournage de Downtown Abbey

Les séries tirent également leur épingle du jeu. La plus marquante d’entre elles est sans conteste Game of Thrones. Ses lieux de tournages, qui parsèment l’Europe, de l’Islande à la Croatie (en passant par l’Irlande, l’Espagne ou Malte), ont tous vu leur afflux de touristes bondir suite à la diffusion des épisodes. Pour autant, d’autres productions aux décors plus modestes ont eu le même effet sur l’attractivité de leur territoire. La série Outlander (tirée du bestseller de Diana Gabaldon), attire les touristes sur les routes d’une Ecosse pittoresque et romantique. Avec Downtown Abbey, c’est vers la campagne anglaise que se dirigeront les pas des fans.

La diversité de ces exemple en témoigne : nul besoin de plage de sable blanc, de forêt tropicale ou de ciel azur pour transformer un lieu de tournage en attraction touristique. Les décors « bien de chez nous » font parfaitement l’affaire des cinétouristes. La petite ville de Bergues, site de l’intrigue de Bienvenue chez les Chtis, en est l’illustration. Et plusieurs autres villes françaises peuvent se targuer d’être devenues des destinations touristiques pour les touristes étrangers ou nationaux. Chantilly (propulsé par le tournage de Chinese Zodiac avec Jacky Chan) est devenue ou destination de choix pour les touristes chinois. Dunkerque, avec le récent film éponyme de Christopher Nolan, a vu progresser significativement le nombre de ses visiteurs. Et la liste ne serait bien entendu pas complète si l’on n’y citait pas la butte Montmartre avec son héroïne Amélie Poulain.

Parlons d’Amélie Poulain, justement. Le film, en redorant l’image du quartier populaire du nord de Paris, a généré un flux de touriste qui, 17 ans plus tard, ne se dément pas. Idem pour Les Ch’tis avec Bergues : dix ans après la sortie du film en salles, la commune des Hauts-de-France continue d’attirer les visiteurs. Et que dire alors de la Grande Vadrouille ? Tourné en partie en Bourgogne à Meursault en 1966, le film est toujours cité comme une raison déterminante de la visite d’un visiteur sur 3. Autant de bonnes raisons de croire,donc, que l’impact touristique pour les territoires va bien au-delà de l’anecdote.

(Ci-contre) Le quartier de Montmartre a bénéficié durablement de l’aura créée par le film Amélie Poulain
Amélie Poulain a été tournée à Montmartre, Paris

Des bénéfices pour le territoire qui vont au-delà de l’aspect économique

Accueillir un tournage, signifie bien sûr des retombées économiques directes à court terme. Lors de la conférence « Tournage et Tourisme », le CNC a mis en avant des chiffres qui parlent d’eux-mêmes. Pour le seul tournage de Dunkerque, plus de 10M€ ont ainsi été dépensés localement. Sur la commune de Deshaies, en Guadeloupe, qui accueille le tournage de la série anglo-saxonne Death in Paradise, ce sont près de 5M€ qui irriguent le territoire à chaque saison. Pour 1€ investi par les collectivités, il y aurait ainsi près de 7€ de retombées locales directes sous forme de rémunération pour les personnels locaux (techniciens, figurants…), de dépenses techniques et autres.

7 euro de retombées pour chaque euro investi dans le cinétourisme
@CNC – étude Cinétourisme

D’autant que certains tournages attirent des investissements durables. Jeanny Marc, maire de Deshaie (et vice-présidente du conseil départemental de la Guadeloupe), cite par exemple la création d’un BTS audiovisuel dans un lycée voisin. Et se félicite de ce que le tournage de Death in Paradise offre ainsi des opportunités de formation et de carrière aux habitants. Pour sa part, Guillaume de Menthon, président du groupe Telfrance – groupe à l’origine notamment de Plus Belle la Vie ou Demain Nous Appartient – a tenu à souligner l’importance des studios de tournage locaux. Les séries Demain Nous Appartient ou Candice Renoir se sont ainsi tournées dans des studios à Sète spécialement installés pour l’occasion… Tout comme Plus Belle La Vie et French Connection avant elles, qui avaient occasionné la création de studios à Marseille

Dunkerque - le film de Christopher Nolan attire les cinétouristes dans la ville éponyme
A Dunkerque, le film éponyme de Christopher Nolan a eu un impact immédiat sur le tourisme local

D’autres aspects, moins quantifiables, sont aussi observés. Sabine l’Hermet, directrice de l’office de tourisme de Dunkerque, évoque le « véritable sentiment de fierté » qu’a apporté le film de Christopher Nolan à une ville… Qui n’a pas toujours eu bonne presse. Le réalisateur Cédric Klapisch affirme pour sa part que « au-delà des retombées économiques, un tournage change aussi des destins ». Il fait notamment référence aux vocations suscitées auprès des habitants, dont certains se lanceront dans des carrières audiovisuelles.

Les territoires rivalisent d’ingéniosité pour attirer le ciné-tourisme

Attirer les tournages est donc un vrai facteur de développement et d’attractivité pour les territoires. Une bonne partie d’entre eux l’a d’ailleurs bien compris, et a mis en place des bureaux d’accueil des tournages, qui se chargent de la promotion des espaces disponibles et de la facilitation sur place. Le Salon des Tournages, qui avait lieu les 22 et 23 janvier dans la Grande Halle de la Villette, était l’occasion pour ces agences de venir à la rencontre des professionnels de l’audiovisuel et du cinéma.

Certains n’hésitent donc pas à investir significativement pour accueillir les tournages les plus en vue. Le Mexique par exemple aurait dépensé 28 millions de dollars pour s’assurer que le tournage du dernier James Bond se ferait bien chez eux ! Le pari de faire connaître le Dia de los Muertos a été réussi, avec une longue scène d’introduction centrée autour des festivités. Pour la Nouvelle Zélande aussi, pas question de perdre le bénéfice du tournage des Hobbit. Lorsqu’un conflit social a menacé le tournage, le parlement n’a pas hésité à modifier la loi pour rester dans les bonnes grâces de l’équipe de tournage….

Scène d’introduction de Spectre, le dernier James Bond (2015) dont l’action se déroule pendant le Dia de los Muertos à Mexico City

Et pour s’assurer d’un bénéfice touristique durable, mieux vaut miser sérieusement sur l’effet « revival ». Une fois le tournage réalisé, les territoires proposent aux cinétouristes une expérience qui leur fait revivre leur film ou série favoris. Ainsi, à Dunkerque, l’office de tourisme a créé des parcours dédiés au tournage. Autour du thème « Terre, Air, Mer », les touristes ont par exemple l’opportunité de survoler en avion les lieux du tournage ou d’observer au sonar les épaves à bord d’un bateau. Une ligne de produits dérivés a également été lancée sur le thème. En Normandie, c’est l’application Séquences Normandes qui permet aux cinétouristes de partir sur les traces des lieux de tournage de la région.

Le cinétourisme est donc une véritable opportunité pour les territoires. Née dans les années 90, la tendance ne se dément pas, et s’impose comme une nouvelle façon de voyager. Amoureux de films et de séries forment aujourd’hui une nouvelle génération de touristes culturels. Les territoires ont bien saisi l’intérêt de les chouchouter en leur confectionnant des expériences sur mesure. Ces mêmes territoires n’hésitent pas à draguer également producteurs et réalisateurs… Quitte à retourner leur veste. Sacha Baron Cohen a ainsi reçu des remerciements du gouvernements kazakhe pour le film Borat. Plutôt ironique, quand on sait que le film avait été interdit de sortie au Kazakhstan car il en donnait une mauvaise image… Ce qui ne l’a pas empêché de contribuer à multiplier par 10 le tourisme du pays.

Camille Alcover

A propos de Camille Alcover

Comment concilier exigence artistique et envie de rendre l'art accessible ? Amatrice d'art, c'est surtout avec ses yeux de spécialiste de la stratégie, du marketing et des marques que Camille promène son regard impertinent sur le monde de la Culture, pour trouver des solutions à ces questions très actuelles. camille@cultureveille.fr

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