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Education artistique et culturelle : former les parents pour éveiller les enfants

Publié par le 17 juillet 2018

A l’invitation de la Maison Professionnelle du Spectacle Vivant, l’équipe de Cultureveille proposera des comptes-rendu, interview vidéo et live-tweet des débats en direct de la semaine professionnelle du Festival d’Avignon.

Où en sont les politiques d’éducation artistique et culturelle aujourd’hui en France ? Quelles solutions les acteurs ont-ils trouvées pour développer l’éducation par l’art sur les territoires ? Ces questions ont été au cœur de l’échange entre Jean-Gabriel Carasso, directeur de L’OiZeau rare, Virginie de Crozé, directrice de la communication et des relations avec le public du Festival d’Avignon, Jean-Marc Lauret, ancien chargé de mission d’inspection générale au Ministère de la Culture, Didier Le Corre, directeur de La Garance, Scène nationale de Cavaillon et Émilie Robert, directrice du Théâtre Massalia, scène conventionnée pour la création jeune public tout public à Marseille.

Semaine professionnelle Avignon 2018

Un manque d’ambition qualitative des politiques culturelles

D’après Jean-Marc Lauret, les enjeux des politiques culturelles de l’éducation artistique et culturelle n’ont pas beaucoup évolué depuis 30 ans. Dans les années 80, on se demandait déjà comment concilier l’exigence de la qualité et le principe d’égalité des territoires. Les institutions culturelles ont cependant mis du temps à prendre en compte cet enjeu majeur. Elles mettaient en place des actions par défaut car elles considéraient que cette mission relevait de l’Education nationale. Dans ces années-là, la création passait avant la diffusion, puis venaient la médiation et l’éducation artistique. Aujourd’hui les choses ont évolué car l’éducation artistique et culturelle est au cœur de leurs missions. Elle est aussi une priorité réaffirmée des politiques culturelles menées par le gouvernement actuel. Nous n’avons jamais assisté à une telle augmentation du budget dédié à l’éducation artistique et culturelle. Mais si on rapporte cette augmentation à l’objectif de s’adresser à la totalité des jeunes, le nombre de crédits par enfant s’élève à 4 €, ce qui paraît bien faible pour pouvoir mener des actions de qualité. D’après Jean-Marc Lauret, « cet effort sans précédent s’accompagne donc d’un manque d’ambition qualitative ».

Interview de Jean-Marc Lauret, chargé de mission d’inspection générale au Ministère de la Culture

Œuvrer pour l’éducation par l’art

Que recouvre la notion d’éducation artistique et culturelle ? D’après Jean-Gabriel Carasso, ce n’est pas seulement donner accès aux œuvres. Ce n’est pas non plus un objectif en soit, c’est un moyen. Un moyen de développer l’éducation et la sociabilisation de manière générale. Ces dernières années, les élus et les institutions culturelles se sont emparés du sujet mais il reste un défi de taille : introduire les disciplines artistiques dans le système éducatif pour arriver à l’éducation par l’art. Car la question de la pratique est au cœur des arts et de la culture, et elle a été abandonnée il y a bien longtemps. C’est comme si nous avions décidé d’arrêter de faire du sport à l’école pour nous consacrer à l’histoire du sport. Selon Jean-Marc Lauret, c’est malheureusement le résultat des politiques menées qui ont longtemps dissocié le rôle de l’artiste de celui du professeur. Cela nous a fait oublier le nécessaire transfert de compétences entre les deux. La clef de la généralisation de l’éducation artistique et culturelle se trouve donc dans l’accompagnement du croisement des compétences et les actions de formation.

Interview de Jean-Gabriel Carasso, directeur de L’OiZeau rare, à la Maison Professionnelle du Spectacle Vivant à Avignon

Mais ce n’est pas tout. Pour faire avancer l’éducation par l’art tout au long de la vie, il convient aussi de former les parents. Ces derniers jouent un rôle clef dans l’éveil artistique de leurs enfants. Émilie Robert revient sur le programme d’éducation artistique et culturelle qu’ils ont développé à destination des adultes. A l’origine de ce programme un constat : la plupart des adultes qui emmènent leurs enfants au théâtre sont éloignés des pratiques artistiques. Ils ont par la suite décidé de l’élargir aux professionnels de la petite enfance et aux travailleurs sociaux. Ces actions ont permis à l’équipe de créer des liens forts avec ces publics qui font venir les enfants au théâtre. A ce propos, Jean-Marc Lauret regrette le fait que le champ de la formation continue se soit restreint à la formation professionnelle. Il serait essentiel de revenir à la formation artistique tout au long de la vie. Jean-Marc Lauret milite donc pour la reconnaissance du droit à la formation culturelle. Cela pourrait fonctionner avec des dispositifs fiscaux incitant à s’inscrire à des ateliers de pratique artistique.

Lancer un grand mouvement avec la société civile

Si les dispositifs mis en place par l’Etat et les collectivités ne correspondent pas toujours aux besoins des territoires, c’est aux acteurs de s’en emparer et d’avancer sur le terrain. Nombre d’institutions culturelles jonglent avec les dispositifs existants pour créer leurs projets. Pour faire face aux difficultés qu’elles rencontrent, elles se rassemblent pour observer et échanger. C’est le cas de Didier Le Corre qui a créé avec d’autres partenaires le réseau REVES, Réseau Vauclusien pour l’Education au Spectacle Vivant, à la suite d’une Recherche-Action menée notamment avec l’Université d’Avignon. Dans le cadre de cette Recherche-Action, ils ont essayé de comprendre les blocages de chacun sur le terrain. Ils ont pu ainsi développer un certain nombre de chantiers de co-construction pour que chaque citoyen du territoire ait accès à la culture. Ils ont notamment travaillé sur la question épineuse des déplacements des élèves sur une partie du territoire. Ils ont par ailleurs réalisé que beaucoup d’initiatives existent mais avec peu de relations entre elles. Par exemple, certains conservatoires, écoles ou équipements culturels ne se côtoient pas alors qu’ils sont très proches. Des personnes aux profils très variés s’investissent ainsi dans le réseau. Ils ont constitué un groupe d’observateurs pour comprendre les blocages, accompagner les acteurs et sensibiliser les élus.

Interview de Didier Le Corre, directeur de La Garance – scène nationale de Cavaillon

La mise en réseau et le collectif sont donc essentiels pour faire avancer l’éducation artistique et culturelle sur les territoires. Jean-Gabriel Carasso aimerait lancer un grand mouvement de la société civile qui regroupe les professeurs, les parents d’élèves et les professionnels qui ont envie d’agir. Quitte à aller jusqu’à la création d’un pôle national de référence qui permette de faire avancer le dialogue et la réflexion sur l’ensemble des territoires.

Marie Tretiakow

A propos de Marie Tretiakow

Toujours à l’affût de nouvelles idées, Marie aime aider les projets à se développer. Coordinatrice générale de la plateforme de mécénat culturel participatif Proarti pendant 5 ans, elle s’est spécialisée dans la recherche de financements publics et privés, la communication digitale, le conseil et l’accompagnement d’acteurs culturels variés. Marie s’intéresse de près aux nouveaux modèles de la culture, du numérique et de l’économie sociale et solidaire. marie@cultureveille.fr

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