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En finir avec la « femme en culotte qui hurle » – Débat Maison Pro à Avignon

Publié par le 14 juillet 2017

Du 10 au 14 juillet, en partenariat avec l’ADAMI et la SACEM, Cultureveille est à Avignon pour suivre les débats de la Maison Professionnelle du Spectacle Vivant et vous propose tous les jours le live-tweet des débats organisés par La Scène, leur compte-rendu et des interviews en vidéo.

En 2006, date d’un premier rapport sur l’égalité homme-femme dans le spectacle vivant, la proposition d’établir la parité dans le secteur s’attirait des « ricanements ». Quoi ? Dans un monde de liberté où la création est souveraine, qui oserait interférer avec les choix des metteurs en scène, des programmateurs, des directeurs d’établissement ? 10 ans après – et alors que vient de paraître un rapport de l’Adami sur la question – où en est-on ? C’était le sujet du débat « Liberté, Egalité, Sororité » à la Maison Professionnelle du Spectacle Vivant.

la maison professionnelle du spectacle vivant au festival d'Avignon

Les femmes sont sous-représentées dans le spectacle vivant. Si elles sont majoritaires dans les études liées à la filière, les inégalités commencent d’apparaître dès l’entrée dans la vie active. Les biais en défaveur des femmes sont profondément ancrés et insidieux. Cécile Hamon, autrice d’un rapport sur l’égalité homme-femme en 2016 pour le Ministère de la Culture, s’est intéressée notamment au financement. « Les femmes déposent un dossier sur deux de financement, mais seul un dossier sur trois recevant des financements est féminin. » Et dans les postes de direction, les femmes sont également peu présentes. A la direction des CDN, elles ne sont par exemple que 20%.

Le problème est ancien, mais sa prise en compte est récente. Myriam Marzouki, metteuse en scène (la Compagnie du Dernier Soir), rappelle qu’un premier rapport avait été commandé par le Ministère à Reine Prat en 2006. A l’époque, la question n’avait pas été pris au sérieux. « La question de l’égalité faisait ricaner. Elle allait a l’encontre de la sacro sainte liberté de création, de programmation… On disait « quand les femmes seront assez géniales, elles seront bien programmées ».

Aujourd’hui encore, la question peine parfois à être considérée sérieusement. Remarquant que les seules personnes sur scène – et une bonne partie de l’audience – sont des femmes, Myriam Marzouki poursuit : « tant que la question de l’égalité n’intéressera que les femmes, elle restera une question de seconde zone, comme toutes les questions féminines. »

Interview de Myriam Marzouki à la Maison Professionnelle du Spectacle Vivant à Avignon

Les femmes sont aussi inégalement représentées sur scène face aux spectateurs. Myriam Marzouki dénonce : « aujourd’hui pour moi l’archétype de la représentation féminine, c’est la femme en culotte et talons aiguilles qui hurle. C’est la madame Bovary du 21ème siècle. » Blandine Pélissier, du collectif H/F, renchérit : « une femme majeure sur 2 a plus de 50 ans. Dans la fiction, elles sont 8% ». La femme est donc peu, et mal représentée sur scène, avec à la clef une perception distordue du rôle des femmes dans toute la société.

Interview de Anne Bouvier à la Maison Professionnelle du Spectacle Vivant à Avignon

Une juste représentation des femmes sur scène, un enjeu sociétal ? « La culture a un devoir de représentation de la réalité de la société française. C’est une question de droit, c’est une question démocratique. Ce n’est pas juste une question de laisser la place à la spécificité, à la sensibilité féminine. » Mieux représenter les femmes, c’est donner une image positive de la diversité de la société. Myriam Marzouki accuse : « on ne peut pas, tous les 5 ans, se plaindre de ce que les français votent mal. Nous avons un devoir de leur montrer à voir une société plus diverse ».

Il faudrait donc plus de héros féminins, sortir d’un schéma de pensée monolithique et masculin. Anne Bouvier, metteuse en scène, comédienne et administratrice de l’Adami, pointe du doigt des biais inconscients et profondément ancrés. « Quand on pense docteur, on pense homme. Pourquoi pas une doctoresse ? «  Pour elle, il s’agit d’un « déclic de pensée » à adopter. Elle le met d’ailleurs en oeuvre dans tous les jurys auxquels elle participe. A dossier égal, elle avoue pratiquer l’action positive (terme qu’elle préfère à celui de « discrimination positive ») et donner la préférence aux dossiers féminins.

Face à l’inégalité de traitement, les femmes peuvent elles-même se saisir de la question et créer des sororités pour s’entraider. Pour Blandine Pélissier, là où « les hommes comprennent vite la nécessité de se mettre en réseau, les femmes se disent que si elles font bien leur travail, ça finira par marcher tout seul. » Pour Myriam Marzouki, il y a un véritable enjeu de créer une solidarité entre femmes : « quand on veut un CDN, on élabore un plan de bataille, on lève son armée ».

Petit à petit, parfois trop lentement, l’égalité progresse donc. Si Cécile Hamon déplore que la part des femmes programmées soit passée de 22% en 2006 à seulement 26% en 2016, Myriam Marzouki salue pour sa part la parution historique dans Le Monde du 13 juillet 2017. 29 directeurs et directrices de théâtres nationaux et artistes ont en effet signé un texte les engageant à une parité parfaite dans la programmation et dans les salaires. « Ce texte va faire date. Désormais, on pourra demander des comptes à ceux qui n’ont pas signé, leur demander « pourquoi, ce n’est pas important pour vous l’égalité ? » Ca va renverser le problème ».

Camille Alcover

A propos de Camille Alcover

Comment concilier exigence artistique et envie de rendre l’art accessible ? Amatrice d’art, c’est surtout avec ses yeux de spécialiste de la stratégie, du marketing et des marques que Camille promène son regard impertinent sur le monde de la Culture, pour trouver des solutions à ces questions très actuelles. camille@cultureveille.fr

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