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Entrepreneur culturel : la solidarité avant le profit. L’exemple d’Illusion & Macadam

Publié par le 8 septembre 2016

Parmi les visions de l’entrepreneuriat culturel qui sont promues par les différents dispositifs d’accompagnement, on retrouve souvent le débat entre ceux qui promeuvent l’associatif et ceux qui défendent une approche capitalistique. Entre les premiers, qui souhaitent protéger la position unique des artistes et une vision de la culture comme intérêt général, et les seconds, pour qui la culture est un secteur économique comme un autre, le gouffre semble infranchissable.

Pourtant, certains font le pari de jeter un pont entre les deux rives. Sébastien Paule, d’Illusion & Macadam, nous a confié sa foi en l’existence d’une troisième voie.

Illusion & Macadam, Tropisme Festival

A Montpellier, un écosystème local et collaboratif

Plus qu’une société de conseil ou d’ingénierie culturelle, Illusion & Macadam est un mini-écosystème qui accompagne le développement de la filière culturelle à Montpellier. Pôle de production, formations, festival, expertise comptable, conseil et accélérateur : la structure a grandi petit à petit au cours des 15 dernières années pour proposer aujourd’hui une réponse complète aux problématiques des entrepreneurs culturels. « Nous ne sommes pas une simple agence d’ingénierie ou de conseil » nous expose Sébastien Paule. « Ce que nous recommandons aux entrepreneurs de la culture que nous accompagnons, nous l’avons expérimentés nous-mêmes. En 15 ans, nous avons monté beaucoup de projets différents, et nous souhaitons à présent transmettre notre expérience. »

Sébastien Paule - gérant Illusion & Macadam

La société est fortement implantée dans l’écosystème culturel local. « Dans les territoires, on est obligé de s’adapter. Nous ne sommes pas à Paris ou à Lyon : même si une vie culturelle très dynamique existe à Montpellier, nous n’avons pas les mêmes moyens ici : pas de passé industriel qui aurait permis l’implantation de grandes entreprises friandes de mécénat. Nous ne sommes pas non plus axés sur le numérique ; en revanche il y a beaucoup d’entreprises de jeux vidéo. Donc, tout en nous inspirant de ce qui se fait dans de plus grandes villes, nous ne les singeons pas, mais nous avons développé une structure qui répond aux besoins du territoire. »

Et qui a pris la forme d’une SCIC (acronyme de Société Coopérative d’Intérêt Collectif, qui associe ses salariés mais aussi ses clients, ses fournisseurs ou d’autres entreprises locales à la réussite de l’entreprise) pour nourrir ses ambitions de développement de la vie culturelle locale au petit lait de l’intérêt commun.

Illusion & Macadam RDV professionnels de la culture

Des entreprises culturelles rentables oui, mais solidaires aussi

Illusion & Macadam accompagne les entreprises culturelles et solidaires

Car la vision qui est défendue par Illusion & Macadam est celle d’une économie de la culture qui est avant tout participative et solidaire. « Ne nous leurrons pas, il y a moins de moyens qu’à une époque. Les collectivités restent très engagées, mais elles doivent opérer des choix. La culture, pour continuer à vivre, doit adopter une démarche économique et viable. Si la subvention peut aider à amorcer une activité, il est de plus en plus illusoire de chercher à faire vivre un projet et les emplois qui y sont liés sur cette seule base. »

D’où l’intérêt assumé de regarder du côté de l’économie sociale et solidaire (ESS). « La culture est longtemps restée repliée sur des logiques internes, en niant la réalité de l’économie et du marché. L’ESS de son côté est historiquement renfermée sur ses métiers sociaux. Aujourd’hui, les deux domaines commencent à s’ouvrir et rendent les ponts possibles ». Selon Sébastien Paule, « l’apport de l’ESS à la culture, c’est d’apporter une logique économique – où l’entreprise culturelle doit s’intéresser à son marché, ses clients – tout en se focalisant plus sur l’impact que sur le retour sur investissement. C’est une approche différente de l’économie, qui cherche à développer les territoires, soutenir l’emploi… » Ce qui est plus compatible avec les réalités de l’entrepreneuriat culturel qu’une pure démarche capitalistique.

Une vision qui se concrétise dans l’accompagnement des entrepreneurs culturels

Ce parti-pris qui défend une vision singulière de la culture, ni  désintéressée, ni financiarisée, Illusion & Macadam a à cœur de le porter auprès des entreprises culturelles qu’elle accompagne. Sans être dogmatique, son gérant nous avoue être plus confortable dans l’accompagnement de projets collaboratifs. « Je ne suis évidemment pas fermé à des entrepreneurs qui souhaitent monter une SAS. Mais si un entrepreneur vient nous voir avec un projet coopératif, là on peut l’accompagner à 200% ». Les formats de SCOP (Société C0opérative de Production) et de SCIC est selon lui le mieux adapté, et permet de faire évoluer une association ou une entreprise aux statuts classiques vers une entité culturelle qui conjugue logique de marché et intérêt collectif.

Les formats de SCOP (Société C0opérative de Production) et de SCIC sont selon lui les mieux adaptés, et permettent de faire évoluer une association ou une entreprise aux statuts classiques vers une entité culturelle qui conjugue logique de marché et intérêt collectif.

Via ses différents pôles d’accompagnement des entrepreneurs culturels, Illusion & Macadam diffuse sa vision de l’entrepreneur culturel d’aujourd’hui : solidaire, collaboratif et orienté vers l’intérêt collectif, mais aussi en phase avec son marché et ses usagers, innovant et capable de se saisir de ce que le monde moderne offre de mieux en matière de technologies. Sa prochaine formation, « Entrepreneur Culturel à l’Ere du Numérique » s’introduit par l’affirmation suivante : « on ne crée plus un projet ou une entreprise comme avant et le secteur culturel n’échappe pas à ce constat ». De quoi faire résolument entrer l’entrepreneur culturel dans la troisième voie de l’entrepreneuriat.

Entrepreneur Culturel à l'ère du numérique : formation Illusion & Macadam - Sophomores

Crédits photo : © Marielle Rossignol, Illusion & Macadam

Camille Alcover

A propos de Camille Alcover

Comment concilier exigence artistique et envie de rendre l’art accessible ? Amatrice d’art, c’est surtout avec ses yeux de spécialiste de la stratégie, du marketing et des marques que Camille promène son regard impertinent sur le monde de la Culture, pour trouver des solutions à ces questions très actuelles. camille@cultureveille.fr

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