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Financements européens de la culture : se mobiliser pour avancer

Publié par le 18 juillet 2018

A l’invitation de la Maison Professionnelle du Spectacle Vivant, l’équipe de Cultureveille proposera des comptes-rendu, interview vidéo et live-tweet des débats en direct de la semaine professionnelle du Festival d’Avignon.

Comment les différents pays européens adaptent-ils leur modèle aux transformations économiques et sociales actuelles ? Comment le secteur privé vient-il financer la culture dans d’autres pays européens ? Où en est la politique culturelle menée par la Commission Européenne ? Telles sont les principales questions que se sont posées les intervenants du cinquième et dernier débat organisé par La Scène pendant la Semaine professionnelle du Festival d’Avignon.

débat maison professionnelle du spectacle vivant au festival d'avignon 2018

En Europe, de plus en plus d’entreprises participent au financement de la création artistique

Depuis quelques années les financements publics ont ralenti ou se sont retractés dans la plupart des pays européens. De nombreuses initiatives ont ainsi vu le jour pour y répondre.

Audrey Brooking, administratrice de Das Fräulein Kompanie et membre fondateur de La Coop ASBL, nous explique la mise en place en Belgique du tax shelter, un dispositif qui permet aux entreprises d’investir dans la culture et de bénéficier d’avantages fiscaux. Créé il y a 13 ans dans le domaine du cinéma pour favoriser l’emploi dans le secteur, il a été élargi il y a un an au spectacle vivant. Cette réduction de l’impôt sur les bénéfices permet aux entreprises d’investir des sommes conséquentes dans la création artistique. Des sommes qui représentent en général 30% du budget de production des spectacles qui en bénéficient. Le tax shelter a eu un impact considérable sur l’emploi dans le secteur du cinéma en Belgique. Depuis le début du tax shelter « arts de la scène », 9 millions d’euros ont été levés du côté francophone, et 34 millions du côté flamand.

Sa mise en place nécessite cependant un important travail de gestion en amont – pour la construction du budget par exemple – et en aval pour envoyer les justificatifs. Des acteurs belges ont donc décidé de créer la Coop ASBL et de mutualiser leurs moyens pour accompagner les compagnies qui souhaitent bénéficier du tax shelter.

Retrouvez l’interview d’Audrey Brooking sur le tax shelter.

Audrey Brooking, administratrice Das Fräulein Kompanie, projet La Coop ASBL

D’après Jean-Pierre Saez, directeur de l’Observatoire des politiques culturelles, d’autres dispositifs intéressants ont vu le jour en Europe. En Grande-Bretagne, la loterie nationale rapporte 20 millions de livres par an. Elargie à d’autres domaines, elle permet de supporter fortement les politiques culturelles. En Allemagne, le mécénat ne représente pas une manne plus importante qu’en France, mais certaines initiatives font exemple. Par exemple à Hambourg, 40% des entreprises du commerce et de l’industrie ont choisi le « capitalisme éthique » en contribuant à la vie culturelle de la ville. Certains Länder ont créé des systèmes coopératifs. En France, nous avons un travail à faire pour éveiller un mécénat territorial et citoyen. Plutôt que de culpabiliser les structures, il est nécessaire d’organiser la rencontre entre les entreprises et les acteurs culturels. Les villes et les métropoles ont un rôle à jouer dans l’organisation de cette rencontre. Pour Jean-Pierre Saez, un des modèles d’avenir du mécénat serait le fonds de dotation territorial ou thématique. Pascal Keiser, co-fondateur de la French Tech Culture et président de la Manufacture à Avignon, donne à ce sujet un bel exemple : le fonds de dotation EDIS. Ce fonds possède la double dimension thématique et régionale car il soutient l’art des nouveaux médias et inscrit son action dans le paysage culturel du Grand Avignon. La Manufacture, théâtre repéré du festival OFF d’Avignon, a par ailleurs prévu de se lancer dans la recherche de mécénat pour son dispositif de résidence tout au long de l’année. D’après Pascal Keiser, c’est important de dialoguer avec les entreprises. Le dialogue permet de trouver un intérêt commun à collaborer. Contrairement aux subventions, le mécénat nécessite de faire évoluer ses projets pour leur permettre d’entrer dans un cadre qui convienne aussi bien à l’entreprise qu’à l’institution culturelle.

Le budget européen de la culture correspond au prix d’un seul avion de chasse

Au moment de redéfinir ses programmes et son budget pour les années 2021-2027, l’Europe se pose aujourd’hui la question des conditions de la création et de la circulation dans un monde en profonde transformation. Comment assurer la diversité de la création et donner accès aux œuvres dans un espace européen de plus en plus large ? Dans un contexte de plus en plus tendu, la Commission Européenne se penche sur les questions de pluralité des identités, d’ouverture et de citoyenneté. Le nouveau budget proposé en mai 2018 par la Commission Européenne pour le programme Europe Creative s’élève à 1,8 milliards d’euros, soit une augmentation de 30% par rapport à la période précédente. D’après Laurence Barone, directrice adjointe du Relais Culture Europe, ce budget reste faible par rapport aux autres secteurs, mais, dans un contexte de restrictions budgétaires, c’est un signe de la prise de conscience de l’importance de la culture, de l’information et de la liberté d’expression. La Commission Européenne n’ayant pas de compétence culturelle, c’est aux Etats et aux régions de s’emparer de ces questions. Cette proposition de budget s’est accompagnée d’une proposition de programme à destination des secteurs culturels et créatifs qui reprend les principaux éléments d’Europe Creative. Le principal objectif de ce nouveau programme est de renforcer la coopération et le réseau, notamment dans les secteurs de l’audiovisuel et de l’information. Ce programme est en cours de négociation jusqu’en mars 2019 avec le Parlement Européen et les Etats membres. Parmi les nouveaux dispositifs prévus, notons la création d’un fonds d’aide à la mobilité des artistes et des professionnels qui pourrait aller au-delà de la circulation des œuvres et couvrir des dynamiques de recherche et de prospection. Ce fonds sera expérimenté dans plusieurs pays en 2018-2020. Retrouvez l’interview de Laurence Barone sur les principaux enjeux d’Europe Creative.

Laurence Barone, directrice adjointe du Relais Culture Europe

D’après Pascal Keiser, le budget européen dédié à la culture reste trop modeste. Il cite les propos de Michel Magnier, directeur de la Culture et de la Créativité à la Commission Européenne, qui compare le budget européen de la culture au prix d’un avion de chasse. Selon Pascal Keiser, cela permet de remettre les choses en perspective lorsqu’on sait que la Belgique est en train d’acheter une trentaine d’avions de chasse et que par ailleurs la culture représente 1 à 2 % du budget de chaque Etat membre. D’après lui, l’une des principales raisons serait l’absence de lobby culturel. Quand on voit la puissance des lobbies industriels, on se dit que la solution serait donc de fédérer les acteurs culturels et d’agir. « Une mobilisation la plus radicale possible » permettrait de faire augmenter le budget européen de la culture. Pour Laurence Barone, il convient de se tourner vers ceux qui ont déjà mobilisé Europe Creative ces dernières années et surtout de se regrouper pour créer des coalitions européennes. Des coalitions avec des acteurs culturels d’autres pays et des acteurs d’autres secteurs. Pour se réveiller et montrer à tous que la culture est une des clefs qui permettront à l’Europe de relever ses défis.

Retrouvez l’interview de Pascal Keiser sur l’Europe et l’internationalisation du festival OFF d’Avignon.

Pascal Keiser, co-fondateur de La French Tech Culture et Président de La Manufacture

Marie Tretiakow

A propos de Marie Tretiakow

Toujours à l’affût de nouvelles idées, Marie aime aider les projets à se développer. Coordinatrice générale de la plateforme de mécénat culturel participatif Proarti pendant 5 ans, elle s’est spécialisée dans la recherche de financements publics et privés, la communication digitale, le conseil et l’accompagnement d’acteurs culturels variés. Marie s’intéresse de près aux nouveaux modèles de la culture, du numérique et de l’économie sociale et solidaire. marie@cultureveille.fr

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