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Hervé Digne : « Le monde culturel est en avance par rapport au reste de l’économie »

Publié par le 19 avril 2016

Hervé Digne - Forum d'Avignon à Bordeaux - bandeau cultureveille

Le 29 mars, Cultureveille est allé à la rencontre d’Hervé Digne, en amont du Forum d’Avignon dont l’édition 2016 s’est tenue à Bordeaux. Président du Forum d’Avignon (il en a également été le cofondateur), de Postmédia Finance et de Cofiloisirs, mais aussi de la Collection Lambert à Avignon, de Manifesto (qui assure la direction artistique et culturelle du Grand Paris Express) et de l’Odéon – Théâtre de l’Europe, Hervé Digne a exploré dans sa carrière de multiples disciplines qui lui permettent de poser un œil expert sur les problématiques économiques, sociales et financières de la culture d’aujourd’hui.

Dans son interview, Hervé Digne nous rappelle la triple mission du Forum d’Avignon : souligner le rapport entre économie et culture ; mettre en valeur l’impact de l’innovation dans le secteur culturel ; et rappeler l’importance centrale de la culture dans la cohésion sociale.

Le numérique : une porte ouverte à la reconquête de la culture par le public

A propos de l’innovation en particulier, Hervé Digne revient sur l’effet profond qu’a eu l’arrivée de la transformation digitale dans le secteur culturel, et affirme : « les industries culturelles ont été renforcées, réinventées par le numérique. » Aujourd’hui, ce mouvement de fond s’illustre en particulier dans le crowdfunding. De façon croissante, ce mode de financement en ligne, largement participatif, est le signe d’une lame de fond qui vise à permettre à tous les individus de se réapproprier le patrimoine et les œuvres culturelles. « La Culture n’est pas un privilège ; la culture doit être l’affaire de tous » : rarement cette déclaration aura-t-elle été aussi appliquée de façon aussi évidente que dans l’engouement des français à financer des projets – de rénovation du patrimoine, d’aide à la création ou de soutien aux collections – qui leurs sont chers.

Cette reconquête par le public du monde de la culture s’illustre également à travers l’apparition, dans les territoires, d’un certain nombre de lieux de « co-construction » de la culture, qui fédèrent grandes entreprises, startups, artistes et individus autours de projets innovants. Tels le 104 à Paris ou le Darwin à Bordeaux, ces espaces repoussent les murs des grandes institutions pour « faire vivre la culture au plus près de chacun ».

Attention à la financiarisation à outrance de la culture

Interrogé sur les risques du dérive du modèle vers un fonctionnement privé, sans angélisme, Hervé Digne reconnaît cependant que ce déplacement du domaine culturel dans les mains d’initiateurs privés peut inquiéter et appelle à la méfiance envers une outrancière « financiarisation de la culture » (qu’il distingue nettement de l’économie de la culture). Il opère néanmoins une intéressante distinction entre les industries culturelles d’une part, et les domaines non marchands de la culture d’autre part.

Les premières (au rang desquelles le cinéma, le jeu vidéo ou le livre) portent en elles une ambition de rentabilité : pour celles-ci, « parler de retour sur investissement, ce n’est pas un gros mot ». Les secondes en revanche – qui comprennent le musée ou le spectacle vivant – n’ont pas vocation à s’autofinancer. Une partie de leur mission (celle qui s’attache à la recherche scientifique ou créative) ne correspond pas à une rentabilité économique, et leur imposer une exigence financière serait gravement nuisible à la qualité et la diversité de la création.

A l’heure où fleurissent les initiatives privées en faveur de la culture, quel rôle l’Etat a-t-il à jouer ?

Hervé Digne évoque ensuite le rôle de l’Etat. Là où les initiatives privées se multiplient, n’y a-t-il pas un risque de voir l’Etat se désengager ? « La peur n’évite pas le danger », selon notre interlocuteur. Et d’affirmer qu’il n’y a pas d’exemple où, parce que des fonds privés (mécénat, crowdfunding) auraient été apportés, on aurait vu baisser d’autant les concours publics. A l’heure où les fonds publics se raréfient en même temps que les individus réaffirment leur engagement pour l’art, il y a un enjeu réel à trouver la meilleure « combinatoire » entre fonds privés et fonds publics, qui permettra notamment une utilisation optimale des deniers du contribuable.

Le rôle de l’Etat, finalement, « c’est un rôle d’incitateur, c’est un rôle de visionnaire ». C’est celui d’un stratège, qui saura intelligemment piloter les politiques culturelles de manière à mettre en réseau les différents acteurs – entreprises, institutions ou collectivités territoriales – afin de continuer de nourrir et de développer la culture en France.

Dans sa conclusion, Hervé Digne revient sur le renouveau créatif et esthétique qui s’opère sous nos yeux grâce aux nouveaux moyens modernes – car finalement, le numérique n’est qu’un outil au service de l’artiste et de l’entrepreneur culturel. Il cite notamment les caméras numériques, qui ont permis une agilité et une intimité nouvelles dans la prise de vue, une précieuse contribution en complément de l’apport « majestueux » du 35 millimètre. « Le monde a changé. Le numérique est partout dans le monde culturel. Le monde culturel est en avance d’une vague par rapport au reste de l’économie. Profitons-en. »

Camille Alcover

A propos de Camille Alcover

Comment concilier exigence artistique et envie de rendre l’art accessible ? Amatrice d’art, c’est surtout avec ses yeux de spécialiste de la stratégie, du marketing et des marques que Camille promène son regard impertinent sur le monde de la Culture, pour trouver des solutions à ces questions très actuelles. camille@cultureveille.fr

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