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Innover c’est inventer de nouveaux modèles pour la culture

Publié par le 28 novembre 2018

Mais où naît l’innovation ? biennale chroniques 2018

Pendant les rencontres professionnelles de Chroniques, biennale des imaginaires numériques organisées à thecamp les 8 et 9 novembre 2018, l’équipe de Cultureveille a pu assister à la table-ronde « mais où naît l’innovation ? ». En posant cette question, les organisateurs de cette biennale dédiée aux liens entre création et nouvelles technologies proposent de revenir sur la définition même de l’innovation aujourd’hui en 2018, à l’heure où le numérique et les nouvelles technologies n’en sont plus les seuls vecteurs. Comment innover pour construire un monde meilleur ? Telle était la question au cœur de cet échange.

Pour y répondre, Elodie Le Breut – directrice de l’AMI (Marseille), s’est entourée d’Olivier Mathiot – président de thecamp (Aix-en-Provence), de Frédéric Ménard – directeur de la Coursive Boutaric (Dijon), de Relja Bobic – Nova Iskra et Kulturni Kod (Serbie), de Giovanna Amadasi – Fondation Pirelli Hangar Bicocca (Milan), d’Eric Berton – doyen de la Faculté des Sciences du Sport et Vice-Président Innovation & Valorisation d’AMU (Aix-Marseille), et de Lynn Hugues, professeure et artiste – Université Concordia (Montréal).

Elodie Le Breut – directrice de l’AMI et modératrice de la table-ronde

Sérendipité

Avant de revenir sur leur vision de l’innovation, les intervenants se sont interrogés sur les facteurs de développement de celle-ci dans nos sociétés. Comment créer un contexte favorable ? C’est ici que les artistes ont un rôle à jouer. Car pour Olivier Mathiot, la meilleure façon d’innover est de laisser son esprit vagabonder et de ne pas chercher à innover à toute force. Se laisser aller à la sérendipité, à ce « don de faire par hasard des découvertes fructueuses ». Le développement de la sérendipité n’est possible que si nous prenons le temps de nous perdre et de questionner l’évolution de nos pratiques. En proposant un voyage dans le passé, les artistes présentés par Giovanna Amadasi questionnent nos pratiques contemporaines et notre relation au futur.

Pour Lynn Hugues, cette notion de sérendipité définit ce que fait un artiste. Il est cependant difficile pour les artistes de faire reconnaître leurs activités en tant que véritable innovation. Car une innovation n’est reconnue comme telle qu’une fois adoptée par le public. Cette notion d’adoption va à l’encontre du travail artistique qui implique nécessairement une part d’inconnu.

La coopération au cœur de l’innovation

En préambule de la table-ronde, Olivier Mathiot cite Cédric Villani, mathématicien et homme politique qui a rendu un rapport sur l’intelligence artificielle au gouvernement français en 2018, pour expliquer que ce sont les rencontres entre les humains qui créent les innovations. La naïveté du regard de l’autre est essentielle pour favoriser la naissance de nouvelles idées. On dit d’ailleurs souvent que les enfants peuvent aider à innover. C’est dans cette logique de partage et de rencontres que thecamp a réuni 17 grands groupes privés autour de son projet. Ils se sont associés pour travailler et partager leurs idées avec des partenaires publics au service d’une construction long terme du vivre ensemble. Car pour transformer un monde où 53% des humains vivent sur 4% de la planète, il convient de changer les organisations, de réconcilier le public et le privé, le business et l’impact sociétal.

Cette vision du partage est appuyée par Eric Berton qui est à l’initiative d’un projet d’Institut interdisciplinaire dédié à l’intelligence artificielle dans le cadre de la Cité de l’innovation et des savoirs créée récemment par Aix-Marseille Université avec la métropole Aix-Marseille-Provence pour rassembler les acteurs de l’innovation. Leur idée : favoriser l’entrepreneuriat étudiant et transformer les inventions en innovations grâce à des partenariats publics privés.

Au sein de l’université, Lynn Hugues a travaillé au décloisonnement entre les artistes, les ingénieurs et les étudiants en communication. Rendu possible par des espaces partagés et des temps d’échanges réguliers, ce décloisonnement est un facteur d’innovation encore plus efficace que les laboratoires.

Lynn Hugues, professeure et artiste – Université Concordia

De l’innovation technologique à l’innovation sociale

Frédéric Ménard revient sur le changement de contexte radical que nous sommes en train de vivre. Ces transformations nous poussent à créer de nouveaux modèles. Le caractère innovant d’un projet repose sur une multitude de critères d’ordre social. Car toute innovation, ou plutôt transformation, est liée à un contexte, un procédé, un résultat et la diffusion de cette transformation. L’innovation sociale diffère de l’innovation technologique en ce qu’elle s’inscrit dans une dynamique territoriale. Innover c’est appréhender, réfléchir, coconcevoir de nouvelles formes de gouvernance. Innover c’est inventer de nouveaux modèles pour la culture et de nouveaux rapports au public.

Dans les projets qu’il a menés, Frédéric s’est beaucoup intéressé aux quartiers prioritaires et à l’empowerment. C’est ainsi qu’il a décidé d’implanter son agence, la Coursive Boutaric, dans une barre d’immeuble à Dijon. Son équipe a travaillé avec des artistes pour s’intégrer au quartier et créer des liens avec les habitants. Ils ont par exemple créé un « puissance 4 » géant sur la façade de l’édifice. Cet immeuble insalubre aux 50% d’appartements vacants a progressivement accueilli un cluster d’entreprises culturelles. Aujourd’hui, 5 salariés de la Coursive Boutaric accompagnent les 25 salariés de ces entreprises culturelles pour monter des projets d’intelligence collective.

Dans cette table-ronde dédiée à l’innovation, il a davantage été question de coopération, de collectif, de partage, de nouveaux usages et de nouveaux modèles que de numérique et de nouvelles technologies. Celles-ci se seraient-elles tellement développées qu’elles ne seraient plus un sujet à part entière ? Ceci a permis aux intervenants de se concentrer sur l’essentiel : questionner notre capacité à innover pour vivre dans un monde meilleur.

Marie Tretiakow

A propos de Marie Tretiakow

Toujours à l’affût de nouvelles idées, Marie aime aider les projets à se développer. Coordinatrice générale de la plateforme de mécénat culturel participatif Proarti pendant 5 ans, elle s’est spécialisée dans la recherche de financements publics et privés, la communication digitale, le conseil et l’accompagnement d’acteurs culturels variés. Marie s’intéresse de près aux nouveaux modèles de la culture, du numérique et de l’économie sociale et solidaire. marie@cultureveille.fr

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