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Le Centre des Monuments Nationaux investit dans les startups

Publié par le 18 avril 2018

Vieilles pierres ne rime pas nécessairement avec inertie et poussière. Le CMN, Centre des Monuments Nationaux – à ne pas confondre avec la RMN, Réunion des Musées Nationaux – lance en juin 2018 son incubateur, dédié aux startups du patrimoine et des musées. Leur objectif ? Amener l’innovation jusqu’au sein des châteaux, des abbayes, des monuments, pour apporter une meilleure relation entre visiteurs et institutions. Mais aussi bousculer les habitudes et inspirer les établissements à se renouveler. La première promotion de startups est en cours de recrutement, et les intéressés sont invités à se manifester d’ici le 25 mai.

Le CMN, entre tradition et innovation

La mission première du CMN, c’est celle-ci : « conserver, restaurer, entretenir« . L’institution centenaire s’attache donc à s’assurer que les monuments placés sous sa garde soient en état de recevoir le public. Près de 100 monuments, parfois emblématiques, parfois plus confidentiels, bénéficient ainsi de ses bons soins. Parmi ceux-ci, on retrouve aussi bien l’Arc de Triomphe, la Sainte Chapelle et l’Abbaye du Mont Saint Michel que la Grotte de Pair-non-Pair ou la Villa Kerylos (pour n’en citer que quelques-uns).

Quelques-uns des monuments gérés par le CMN, présentés dans leur vidéo pour l’année 2018

Mais le CMN va au-delà de sa mission historique. En effet, depuis plusieurs années, le CMN s’est lancé dans une stratégie d’innovation, notamment pour faire face à ses défis actuels. Au cœur de cette mission de prospective, se trouve le besoin de rester en phase avec leurs (jeunes) publics et de développer des recettes propres. Ainsi, depuis 2016, le Centre des Monuments Nationaux s’est doté de sa propre plateforme de crowdfunding, « Ma Pierre à l’Edifice ». Plusieurs projets de restauration ont déjà été menés à bien grâce à l’implication du public. Les initiatives innovantes ne sont toutefois pas systématiquement développées en interne : certaines sont confiées en externe à des startups. Celles-ci les mènent à bien en collaboration avec un (ou plusieurs) établissement.

Les Monuments Nationaux, espaces d’expérimentation

Laure Pressac, responsable de la mission de la Stratégie, de la Prospective et du Numérique au Centre des Monuments Nationaux, interviewée par Cultureveille lors de la journée Culture Tech

S’appuyer sur la créativité des jeunes pousses du patrimoine, c’est le choix que fait le CMN depuis déjà une dizaine d’années. Laure Pressac, à la tête de la mission  de la Stratégie, de la Prospective et du Numérique, défend la méthode. Selon elle, non seulement s’appuyer sur ces jeunes équipes dynamiques et entièrement dédiées au développement de nouvelles solutions permet d’avancer rapidement dans l’expérimentation ; mais cela permet aussi d’ « insuffler le changement et de nouvelles façons de travailler » aux équipes internes.

Elle cite ainsi plusieurs expériences menées avec succès (voir interview ci-dessus). L’une d’elles utilise la réalité « superposée » pour redonner vie à un personnage historique à la maison de Clémenceau, en collaboration avec la startup Skyboy. Une autre a permis de réduire les files d’attente devant Notre Dame de Paris, grâce à la solution Jefile de FWA. D’autres exemples portent sur l’intelligence artificielles, la « data »…

Première promotion en juin 2018 pour l’Incubateur du CMN

Le lancement de cet incubateur du patrimoine s’inscrit donc dans le prolongement d’une longue tradition d’innovation collaborative entre l’institution et les startups culturelles. Le dispositif a été conçu dans la double optique de « facilitation de l’accès du plus grand nombre au patrimoine » et « d’accélération de la transformation de la gestion de ses sites ». Pour servir cette ambition, le CMN a investi quelques 120.000 euro et s’est associé à Créatis, l’incubateur du groupe Scintillo, anciennement installé au dernier étage de la Gaîté Lyrique.

LA Sainte Chapelle dispose d'une application de lecture des vitraux développée en interne

Pour les jeunes pousses accompagnées, le programme se composera de séances de coaching individuelles ou collectives. Celles-ci leur permettront de développer leurs compétences entrepreneuriales (gestion d’entreprise, comptabilité, marketing…) ainsi que des compétences spécifiques au patrimoine : accueil des publics, production d’expositions… Et surtout, les entreprises auront accès au réseau de sites du Centre des Monuments Nationaux. Ce qui leur permettra de bénéficier de l’expertise de ceux-ci, mais aussi de tester leurs solutions en situation réelle avec l’un des établissements.

La toute première promotion de cet incubateur (qui ne s’est pas fixé d’objectif en termes d’effectif) est donc en cours de recrutement. Jusq’au 25 mai, les stratups culturelles ayant un attachement au secteur du patrimoine sont invitées à se manifester et à envoyer leur candidature. Elles seront convoquées pour la soutenance de leur projet à l’oral le 12 juin et les résultats seront communiqués le 19 juin.

C’est donc une nouvelle ère qui s’ouvre dans l’histoire de la relation entre le CMN et les jeunes pousses du numérique. Le lancement de cet incubateur marquera, selon Philippe Bélaval, président du CMN, un « nouvel élan au service public de la culture« . Cet élan permettra de faire émerger de nouveaux projets entrepreneuriaux, mais aussi de dynamiser les équipes internes… Et de s’assurer que le rapport avec les publics continue de se renouveler. Pour en savoir plus, une séance d’information grand public sera ouverte le 24 avril à l’Hôtel de Sully.

Camille Alcover

A propos de Camille Alcover

Comment concilier exigence artistique et envie de rendre l'art accessible ? Amatrice d'art, c'est surtout avec ses yeux de spécialiste de la stratégie, du marketing et des marques que Camille promène son regard impertinent sur le monde de la Culture, pour trouver des solutions à ces questions très actuelles. camille@cultureveille.fr

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