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Le dialogue entre les DRAC et les collectivités au cœur de la « culture près de chez vous »

Publié par le 11 septembre 2018

En mai 2018, la Ministre de la Culture a confié à Bernard Latarjet la mission de coordonner le plan « Culture près de chez vous ». Ce plan a pour principale ambition d’identifier les « territoires culturels prioritaires » et d’accompagner la diffusion de la culture au plus près des populations éloignées de l’offre culturelle. Pour mettre en œuvre ce plan, l’Etat souhaite faire évoluer les conventions entre les collectivités et les directions régionales des affaires culturelles (DRAC). Cette ambition culturelle est-elle partagée par les collectivités ? Comment se positionnent les institutions culturelles qui œuvrent au quotidien auprès des populations ? Ces questions étaient au cœur de ce débat animé par Michel Lefeivre, président du Syndicat national des scènes publiques (SNSP) et directeur du Centre des Bords de Marne, scène publique conventionnée du Perreux-sur-Marne.

Interview de Michel Lefeivre, président du Syndicat national des scènes publiques (SNSP) et directeur du Centre des Bords de Marne, scène publique conventionnée du Perreux-sur-Marne

Les DRAC, acteurs clefs de la politique culturelle sur les territoires

Laurent Roturier, directeur régional des affaires culturelles Occitanie et président de l’association des DRAC de France, insiste sur l’unicité du Ministère de la Culture. Pendant longtemps les DRAC ont été opposées aux administrations publiques centrales. Aujourd’hui, Françoise Nyssen, l’actuelle Ministre de la Culture, porte l’unicité du Ministère et l’importance de considérer les DRAC comme les représentants du Ministère de la Culture en régions. Celles-ci ne s’inscrivent pas dans la sphère politique, mais plutôt dans la sphère administrative qui garantit la permanence et la durée. Grâce à elles, la continuité et l’adaptation à notre monde qui change est possible.

C’est donc vers les DRAC que s’est tourné Bernard Latarjet pour mettre en œuvre le plan « Culture près de chez vous ». Elles auront à négocier avec les collectivités et des institutions culturelles pour mettre en place la politique impulsée par le gouvernement. Critiqué pour « le caractère descendant de Paris vers les campagnes » de son plan, Bernard Latarjet insiste sur la logique inverse : le travail partira des acteurs de terrain et non de l’échelon central. La méthode choisie se déroulera en 4 étapes. La première étape consistera à définir avec les DRAC et les élus une géographie prioritaire, et de mieux apprécier (2ème étape) quantitativement et qualitativement ce qui se passe sur les territoires. Car s’il n’existe pas de zone blanche, il est important de prendre en compte les dynamiques existantes pour les développer et construire de nouveaux dispositifs. La 3ème étape est celle de la mise en place des projets. Elle nécessite un travail d’accompagnement des acteurs pour construire ces projets et les mettre en œuvre. La 4ème et dernière étape s’attache aux moyens. Comment les trouver et les mobiliser ? C’est ici que les DRAC vont à nouveau jouer un rôle clef. Elles vont devoir mobiliser autrement des moyens dont elles disposent déjà, faire appel aux autres moyens de l’Etat, et s’adresser aux collectivités. Les DRAC seront au cœur de tout un travail de rassemblement et d’assemblage.

Interview de Bernard Latarjet, missionné par le Ministère de la Culture pour la coordination du plan « Culture près de chez vous »

Unir les collectivités et l’Etat pour la solidarité entre les territoires

Laurent Roturier insiste sur la confiance qui existe entre les élus et les représentants des DRAC sur les territoires. Les conventions sont là pour unir et donner une dimension contractuelle à cette relation de confiance. Elles existent d’ailleurs depuis longtemps. Grâce aux politiques de développement culturel et à la décentralisation, le poids des collectivités a progressivement augmenté. Elles sont devenues aujourd’hui le premier financeur de la culture en France. En cela le développement culturel a réussi, mais il n’a pas encore abouti car il reste à créer les conditions favorables à la circulation des œuvres et des artistes. A ce contexte s’ajoute la question du retour à l’équilibre des finances publiques. Les collectivités ont signé un pacte culture avec le Ministère pour éviter les baisses budgétaires. Cet engagement conjoint des élus et de l’Etat est un symbole fort, une preuve de maturité et de confiance.

Les nouvelles conventions devront donc intégrer 3 principes :

    • La modularité pour leur permettre de s’adapter aux caractéristiques de chaque territoire

 

 

    • Chaque convention devra contenir une clause relative à l’éducation artistique et culturelle

 

 

    • La solidarité entre les territoires pour permettre à ceux qui ont peu de services culturels de créer des liens et des rencontres avec d’autres

 

Jean-Philippe Lefevre, vice-président de la Fédération nationale des collectivités territoriales pour la culture (FNCC), maire-adjoint à la culture de Dole et conseiller régional de Bourgogne-Franche-Comté, se félicite de ce choix d’aller vers l’expérimentation et l’adaptation au contexte de chaque territoire. Certains items seront partagés par tous comme les bibliothèques par exemple, et certains items seront spécifiques aux caractéristiques de chacun. Il souligne le souhait de la FNCC d’une meilleure prise en compte des politiques culturelles des territoires par le Ministère de la Culture et insiste sur la pertinence d’adapter au besoin les critères (du label des scènes nationales par exemple) aux spécificités des territoires. Le nouveau format de convention doit permettre de faire perdurer un climat de confiance et de dialogue quotidien entre les élus et les DRAC et de réintroduire la notion d’égalité entre les territoires qui est fondamentale.

Interview de Jean-Philippe Lefevre, vice-président de la Fédération nationale des collectivités territoriales pour la culture (FNCC), maire-adjoint à la culture de Dole et conseiller régional de Bourgogne-Franche-Comté

En tant que représentant des opérateurs culturels, Alain Surrans, vice-président du syndicat Les Forces Musicales et directeur d’Angers-Nantes Opéra, regrette que l’Etat n’ait pas pris en compte ces dernières années un certain nombre d’acteurs culturels émanant des collectivités territoriales qui œuvrent au quotidien sur les territoires au seul motif que ces acteurs n’étaient pas subventionnés par L’État. Tout une partie de l’aménagement du territoire s’est ainsi fait sans prendre en compte ces structures (maisons d’opéra, orchestres, théâtres de ville,…) qui constituent pourtant une émanation des politiques culturelles.   Les acteurs du service public du spectacle vivant font la culture au quotidien et se trouvent au cœur de ces réflexions entre l’Etat et les collectivités puisqu’ils sont souvent financés aussi bien par les villes que par les régions, les départements et l’Etat. Ils souhaitent être pris en compte dans ce dialogue, y compris ceux qui ne sont pas financés par l’Etat, et demandent la mise en place d’outils pérennes qui ne disparaissent pas à chaque changement de Ministre. Pour pouvoir structurer et pérenniser leur action sur les territoires et être les relais de « la culture près de chez vous ».

Interview d’Alain Surrans, vice-président du syndicat Les Forces Musicales et directeur d’Angers-Nantes Opéra

Marie Tretiakow

A propos de Marie Tretiakow

Toujours à l’affût de nouvelles idées, Marie aime aider les projets à se développer. Coordinatrice générale de la plateforme de mécénat culturel participatif Proarti pendant 5 ans, elle s’est spécialisée dans la recherche de financements publics et privés, la communication digitale, le conseil et l’accompagnement d’acteurs culturels variés. Marie s’intéresse de près aux nouveaux modèles de la culture, du numérique et de l’économie sociale et solidaire. marie@cultureveille.fr

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