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Marie Hédin : « l’entrepreneuriat culturel existe aussi du coté des artistes »

Publié par le 11 mai 2016

Aujourd’hui, mercredi 11 mai 2016, ont lieu les rencontres professionnelles de la Salle Cortot, le rendez-vous des professionnels de la musique classique. Aujourd’hui est également le jour du lancement de la plateforme Human Music de la FEVIS (Fédération des Ensembles Vocaux et Instrumentaux Spécialisés), ainsi que la remise du prix du même nom.

Cultureveille a rencontré Marie Hédin, déléguée générale de la FEVIS Europe. Concise et directe, elle nous parle de sa passion pour la musique classique, et de son engagement auprès des ensembles fédérés par la FEVIS, de leur « inventivité » et de leur « culture entrepreneuriale ». L’occasion de parler de connection avec les publics et de découvrir une musique classique bien éloignée de l’image qu’on lui prête traditionnellement.

Une « fédération 2.0 » qui accompagne la mutation de la musique classique

Marie Hédin débute l’entretien (dont l’intégralité n’est pas représentée dans la vidéo) avec des éléments pédagogiques, et nous rappelle que dans la musique classique, on trouve 3 types d’entités qui emploient les musiciens : les orchestres publics, les musiciens des fosses d’opéra, et les ensembles indépendants. De par leur fonctionnement autonome, ces derniers se positionnent en véritables artistes entrepreneurs. Ce sont eux qui se sont rassemblés pour fonder la FEVIS en 1999. De 9 ensembles au départ, la fédération accueille aujourd’hui 130 de ces entités.

Le rôle que s’est donné la FEVIS est, d’une part, d’accompagner les intérêts de ses membres sur le plan politique, au travers d’interventions, d’événements ou de publications ; mais elle est aussi, d’autre part, de favoriser des projets mutualisés qui permettent à ces ensembles, de nature diverse et morcelée, d’obtenir une véritable légitimité et une reconnaissance auprès du public. Parmi ces initiatives, on trouve la plateforme collective en ligne Human Music.

Le triple défi de la FEVIS : renouvellement des publics, équilibre des sources de financement, exploration de nouveaux débouchés

Si ces ensembles se sont constitués en fédération, c’est avant tout pour trouver ensemble des réponses aux défis qui sont ceux de toute la musique classique, et d’une grande partie de la Culture avec elle.

1. Renouvel-lement des publics

Le premier de ces défis, c’est celui du renouvellement des publics : traditionnellement, l’audience des musiques baroques ou médiévales est une cible bénéficiant d’un certain niveau d’éducation et de revenus, à la moyenne d’âge au-dessus de la moyenne nationale. A ceci s’ajoute la difficulté que, ne dépendant pas d’un lieu en particulier, ces ensembles ne maîtrisent traditionnellement pas leur rapport à l’audience des salles. Cependant, au travers de leurs actions locales notamment, les ensembles de la FEVIS se sont emparés de cet enjeu de renouvellement et de démocratisation. Ils développent un lien direct avec leur public, en créant par exemple leur propre festival, leurs propres actions de formations : « quasiment 100% de nos adhérents aujourd’hui mènent des actions de médiation et des actions pédagogiques dans un territoire de manière engagée, régulière et innovante« , affirme Marie Hédin.

Le second « challenge », c’est bien évidemment celui des financements, qui sont en diminution sérieuse, « surtout depuis les élections », nous informe la déléguée générale de la FEVIS. Cette diminution, avérée dans tout le secteur culturel, la fédération y fait face avec inventivité, en ayant recours notamment au mécénat, qui atteint 8% du budget global des ensembles. Mais Marie Hédin souligne également la nécessité de préserver un équilibre dans les sources de revenu (qui se composent donc du mécénat, des subventions à hauteur de 30%, et des revenus d’activité pour les 60% restants) : les ensembles n’ont pas vocation à s’autofinancer où à dégager de la rentabilité.

2. Baisse des financements

3. Exploration de nouveaux débouchés

Le dernier défi à relever est celui de la diffusion : à l’heure où les festivals, qui représentent une activité non négligeable pour les ensembles, sont eux-même dangereusement touchés par la baisse des financements, il est indispensable d’aller chercher d’autres relais de croissance. Ceux-ci, les adhérents de la FEVIS les trouvent notamment à l’étranger : les ensembles sont ainsi les premiers « exportateurs de la musique classique« , avec 20% des représentations données à l’étranger.

Human Music : remettre l’artiste au centre de la relation entre l’art et le public

C’est aussi pour répondre à toutes ces problématiques que la FEVIS s’est tournée vers le numérique. Constatant que le média Internet était essentiellement l’apanage de larges entités commerciales qui se préoccupaient essentiellement de diffusion à large échelle, et que ces entités n’avaient pas la capacité à défendre la diversité culturelle et les intérêts des artistes, la fédération a créé une base de données musicales portée par les artistes de ses ensembles, et lance, en ce mercredi 11 mai 2016, human-music.eu. Le site, qui se veut une véritable plateforme pour connecter artistes et public, a également pour ambition d’attirer de nouveaux publics vers la musique classique et de permettre une découverte musicale affranchie des impératifs de la recommandation et du « big data ».

Si elle représente les intérêts des ensembles musicaux, la fédération a également à cœur les intérêts de toute la filière du spectacle vivant. C’est avec cette vision globale que la FEVIS, avec le soutien de la Fondation Orange, a souhaité créer le prix qui est remis aujourd’hui même dans le cadre des Rencontres Professionnelles de la Salle Cortot. Le prix récompense les projets innovants qui replacent l’humain au cœur du projet artistique.

Marie Hédin conclura notre entretien par un voeu : que les artistes du spectacle vivant s’emparent de la formidable dynamique qui anime les entrepreneurs de la culture.

Camille Alcover

A propos de Camille Alcover

Comment concilier exigence artistique et envie de rendre l’art accessible ? Amatrice d’art, c’est surtout avec ses yeux de spécialiste de la stratégie, du marketing et des marques que Camille promène son regard impertinent sur le monde de la Culture, pour trouver des solutions à ces questions très actuelles. camille@cultureveille.fr

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