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Les nouvelles générations rêvent de co-création – Débat Maison Pro à Avignon

Publié par le 11 juillet 2017

Du 10 au 14 juillet, en partenariat avec l’ADAMI et la SACEM, Cultureveille est à Avignon pour suivre les débats de la Maison Professionnelle du Spectacle Vivant et vous propose tous les jours le live-tweet des débats organisés par La Scène, leur compte-rendu et des interviews en vidéo.

Omniprésence des écrans, baisse de la capacité d’attention, rapport consumériste à la culture… Les jeunes publics sont un défi pour les acteurs culturels. Comment comprendre leur rapport à la culture ? Comment cela influence-t-il la création ? C’est le sujet du débat du second jour de la Semaine Professionnelle, intitulé « les pratiques culturelles du XXIème siècle, les partages avec les nouvelles générations de publics ».

Les pratiques culturelles du XXIe siècle maison professionnelle avignon 2017

Le numérique a profondément influencé les comportement culturels des jeunes générations. Pour Jean-Noël Matray, délégué national de la Ligue de l’Enseignement, l’époque est à l’immédiateté et à la spontanéité. Les nouveaux publics planifient moins, sortent à la dernière minute. Ils s’engagent moins dans une pratique artistique sur la durée, et privilégient les formats plus courts : ateliers et stages thématiques ont désormais leur préférence. Les prescripteurs traditionnels (journaux, critiques) voient leur rôle décroître à mesure que la recommandation entre pairs sur les réseaux sociaux et les algorithmes grandissent en importance. Le rapport à la culture est plus libre, décomplexé. Les jeunes butinent de spectacle en film et d’exposition en stage de peinture.

Pascal Le Brun-Cordier, professeur associé à Paris 1 et directeur de projets artistiques dans l’espace public, confirme ce constat. « Facilité, rapidité, sérendipité » sont les trois termes qui résument le rapport à la « consommation » culturelle des nouvelles générations. Mais la profondeur du bouleversement de leur relation à la culture va bien plus loin. Les jeunes générations ne sont pas de simples « consommateurs » culturels : ils sont eux-mêmes créateurs. Le numérique leur a offert la possibilité de créer facilement leurs propres contenus, des photos sur Instagram aux « stories » sur Facebook. Est-ce artistique, est-ce esthétique ? La question n’est pas là. Le fait est que cette habitude d’être aux manettes de la création leur fait poser un regard critique et exigeant sur les créations qu’on leur propose.

Quelles conséquences pour les lieux de diffusion ? Ceux-ci doivent s’adapter pour capter l’attention fluctuante des spectateurs. Le directeur du Phénix – Scène Nationale de Valenciennes, Romaric Daurier, a choisi de mettre en place des ateliers en préambule des représentations. Au cours de ces ateliers, le spectateur est invité à prendre part à des exercices physiques qui faciliteront son accès à l’oeuvre. « C’est en passant par le corps qu’on arrive à modifier le rapport à l’écran sans dénaturer le travail sensible du spectacle vivant. » Pour Pauline Sales, auteure, comédienne et co-directrice du Préau – Centre Dramatique National de Vire, « il faut mettre en place une interaction avec le spectateur ». Ainsi, au Préau, le festival Ado implique les jeunes publics en amont même de la représentation. Ceux-ci participent à l’élaboration de la programmation, au design du logo, à la communication. Ils sont même les comédiens de certaines créations.

Jade Herbulot et Julie Bertin, les metteuses en scène du Birgit Ensemble
Jade Herbulot et Julie Bertin, les metteuses en scène du Birgit Ensemble

Mais c’est certainement dans le domaine de la création que cette influence est la plus spectaculaire. Mettre le spectateur au coeur même de la création, c’est le parti-pris de Jade Herbulot et Julie Bertin, les metteuses en scène du Birgit Ensemble. Avec Dans les Ruines d’Athènes, les deux artistes signent un spectacle participatif dont le spectateur est le héros. Comme dans une émission de « reality TV », le public est invité à voter pour éliminer des personnages. L’histoire est ainsi interactive, mais aussi imprévisible. Chaque représentation est unique et voit sa fin déterminée par les choix de l’audience. Pour Pascal Le Brun-Cordier, cet exemple est symptomatique d’une profonde mutation dans le rapport au public. « On est dans la co-conception, la co-réalisation avec les acteurs de la cité. Le spectateur devient SpectActeur, directement impliqué dans l’expérience artistique. » Dès lors, « l’enjeu est moins de favoriser l’accès à la culture que de solliciter la participation à celle ci. Voilà le nouvel enjeu de la démocratisation culturelle » affirme celui qui a créé le cycle de rencontres Vers une Culture Expérientielle.

Faudrait-il alors céder aux sirènes du tout participatif pour séduire durablement les nouvelles générations ? Romaric Daurier dénonce des formats « très faciles à vendre aux politiques car on leur vend le mirage d’un consensus. Mais l’artiste n’a pas à répondre à une prescription du public. Le travail des pouvoirs publics est d’accompagner le geste créatif, qui est premier ». Gare, donc, aux dérives démagogiques qui risquent d’appauvrir la création. Surtout que si ces formats artistiques ludiques et participatifs séduisent aisément, ils ne sont pas nécessairement porteurs de sens. Jean-Noël Matray interroge également : « qu’est-ce qui relève du sens et qu’est-ce qui relève de la posture ? » Mais il poursuit : « oui il y a de la démagogie, mais il y ne faut pas tout jeter. On invente un espace de liberté et d’expression pour le spectateur qui va au-delà des oeufs et des tomates pourries. C’est un progrès dont il y a tout lieu de se féliciter. »

Camille Alcover

A propos de Camille Alcover

Comment concilier exigence artistique et envie de rendre l'art accessible ? Amatrice d'art, c'est surtout avec ses yeux de spécialiste de la stratégie, du marketing et des marques que Camille promène son regard impertinent sur le monde de la Culture, pour trouver des solutions à ces questions très actuelles. camille@cultureveille.fr

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