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Pass culture : gadget coûteux ou véritable politique culturelle ?

Publié par le 9 juillet 2018

A l’invitation de la Maison Professionnelle du Spectacle Vivant, l’équipe de Cultureveille proposera des comptes-rendu, interview vidéo et live-tweet des débats en direct de la semaine professionnelle du Festival d’Avignon.

Le Pass culture était l’une des promesses de campagne présidentielle d’Emmanuel Macron. Au moment où le dispositif entre en phase test auprès de 400 jeunes volontaires dans cinq départements, le premier débat de la Semaine professionnelle a réuni des acteurs culturels pour avoir leur regard sur cette mesure phare de la politique culturelle d’Emmanuel Macron.

Semaine professionnelle du festival d'avignon

« GPS de la culture » ?

Application mobile créditée de 500 euros, le Pass culture est destiné ouvrir les jeunes de 18 ans à leur offre culturelle de proximité. Grâce à ce « GPS de la culture », les jeunes pourront découvrir et réserver des sorties culturelles, des cours de pratiques artistiques, des activités de tourisme culturels, acheter des jeux vidéo ou encore souscrire à des abonnements aux plateformes de contenu culturels en ligne.

L’objectif de l’application développée par une « start-up d’État » est de répertorier l’offre la plus complète possible. Adrian Blancard, étudiant à l’Université d’Avignon, se pose la question de l’algorithme. Un simple algorithme est-il capable de changer les habitudes des jeunes qui utiliseront le Pass culture ? S’il est important d’avoir une offre exhaustive et un panel de partenaires le plus important possible, la question de la mise en avant des petits acteurs se pose. Visibilité de l’offre mais aussi changement des habitudes. Les jeunes vont-ils avoir suffisamment de volonté pour choisir l’inconnu plutôt que l’offre culturelle qui leur est familière ? Adrian Blancard questionne la capacité d’une start-up d’Etat à peser face aux réseaux sociaux existants et aux géants du web dont les pratiques sont plus qu’installées chez les jeunes.

Interview de Adrian Blancard à la Maison Professionnelle du Spectacle Vivant à Avignon

Un budget estimé à 500 millions d’euros

Estimé à 500 millions d’euros par an, le budget du Pass culture sera financé à 20% par l’Etat et à 80% par le secteur privé, à travers des partenariats avec des banques et grâce à la mise à disposition de places gratuites ou à prix réduit par les acteurs culturels. Pour Jean-Paul Angot, Directeur de la MC2 à Grenoble, si nous comparons cela au budget dédié au spectacle vivant au Ministère de la Culture – 750 millions d’euros – cela paraît considérable. Les 100 millions d’euros dépensés par l’Etat pourraient venir renforcer les politiques d’éducation artistique et culturelle en place. Ce « chèque cadeau » de 500 euros est pour lui en totale contradiction avec les contraintes budgétaires auxquelles doivent faire face l’ensemble des institutions.

D’un autre côté, Fabrice Roux, Producteur de Happy Prod, se félicite qu’un budget supplémentaire soit prévu pour l’accès des jeunes à la culture. Ce dispositif est légitime car c’est une promesse de campagne de l’actuel président de la République. En espérant qu’il permette de répondre à l’un des principaux enjeux que connaissent les théâtres de la région parisienne : la fréquentation des salles. L’adaptation de leur politique tarifaire pour remplir les salles est déjà une préoccupation constante. Faire un effort pour le Pass culture lui semble tout à fait naturel.

Interview de Fabrice Roux, directeur de Happy Prod à la Maison Professionnelle du Spectacle Vivant à Avignon

Quelle politique culturelle pour le Pass culture ?

Revenons sur l’expérience italienne qui a largement inspiré le gouvernement français. Depuis sa mise en place en octobre 2016, 60% des jeunes italiens se sont emparés du Pass culture. Mais le chiffre le plus alarmant concerne l’utilisation du Pass car, en moyenne, seulement 1% des 500 € ont été utilisés pour l’achat de places de théâtre ou de danse. Comment intéresser les jeunes au théâtre ?
Pour Arnaud Meunier, le rôle de l’éducation artistique et culturelle est essentiel. Le rapport au spectacle se construit tout au long de la scolarité. Une question fondamentale se pose : quelle est l’ambition de la politique culturelle sous-jacente ? Selon le directeur de la Comédie de Saint-Etienne, on ne conçoit pas une offre culturelle à partir d’un algorithme et de la géolocalisation. A l’instar de ce qui a été fait avec le Pass’Région Auvergne-Rhône-Alpes, un vrai travail avec les acteurs l’éducation nationale est nécessaire. Nous avons la chance en France d’avoir un réseau de théâtre public et privé que le monde entier nous envie. Un lien fort avec le corps enseignant. Comment aller plus loin que le gadget et le symbole ? Quelle société voulons-nous ? Les acteurs culturels aimeraient connaître les ambitions du gouvernement en matière de politiques culturelles en France, pour que notre modèle perdure.

Marie Tretiakow

A propos de Marie Tretiakow

Toujours à l’affût de nouvelles idées, Marie aime aider les projets à se développer. Coordinatrice générale de la plateforme de mécénat culturel participatif Proarti pendant 5 ans, elle s’est spécialisée dans la recherche de financements publics et privés, la communication digitale, le conseil et l’accompagnement d’acteurs culturels variés. Marie s’intéresse de près aux nouveaux modèles de la culture, du numérique et de l’économie sociale et solidaire. marie@cultureveille.fr

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